La communauté Linux dispose enfin d'un plan de succession pour le jour où Linus Torvalds prendra sa retraite ou ne sera plus parmi nous. L'initiative est née du Maintainers Summit qui s'est tenu en décembre 2025 et qui s'est terminé par une session sur la planification de la continuité. Elle vise à réduire la dépendance à une seule personne en définissant une procédure claire de sélection d’un successeur ou d’une structure de gestion alternative si un départ non planifié survient. Elle répond à une inquiétude majeure : la communauté craignait que l'absence de plan de succession ne conduise à la fragmentation de l'écosystème entre les habitués du C et ceux du Rust.Linus Torvalds, créateur du noyau Linux, en est le principal responsable depuis sa création en 1991. Cela fait maintenant longtemps, et selon ses propres mots, la communauté du noyau vieillit et grisonne. Il est toutefois intéressant de noter que ce n'est qu'il y a quelques jours qu'un plan officiel a été élaboré pour remplacer Torvalds, s'il souhaitait prendre sa retraite ou s'il lui arrivait quelque chose, ou pour remplacer toute autre personne responsable.
En préambule, il est utile de souligner brièvement l’importance de Linus Torvalds. Le développement du noyau Linux compte plus de 100 programmeurs qui travaillent chacun à la maintenance et à l'intégration des modifications dans leurs propres référentiels. Mais la dernière étape de toute version du noyau Linux consiste à centraliser tout ce travail et à l'intégrer dans le référentiel principal : cette tâche a presque toujours été accomplie par Torvalds.
La session sur le plan de succession a été animée par Dan Williams, ingénieur principal chez Intel et responsable de la maintenance du noyau Linux. Dan Williams est entré directement dans le vif du sujet en le décrivant comme « une réflexion édifiante liée à notre marche inéluctable vers la mort ».
L'option d'une transition en douceur à la tête du projet de Linux
Dan Williams a fait remarquer que la communauté Linux s'inquiète de ce qui se passerait si un malheur venait à frapper Linus Torvalds, sans qu'aucun plan de succession soit en place. Linus Torvalds est encore relativement alerte à 56 ans, mais la décision de formaliser un plan découle d’un besoin de résilience organisationnelle. Les participants ont discuté de différentes options, avant que deux points ne soient convenus, sans trop de désaccords.
Le premier point était de reconnaître qu'il existait déjà certaines dispositions, plusieurs personnes pouvant s'engager dans le dépôt de Linus Torvalds, et que des mesures de redondance sont en place pour le dépôt stable. Le scénario souhaité est que Linus Torvalds décide de se retirer et organise lui-même une transition en douceur vers son remplaçant à la tête du développement du noyau Linux. Il pourra ensuite partir et profiter d'une longue retraite.
Mais Linus Torvalds a fait savoir à la communauté qu'il n'avait pas l'intention de prendre cette direction dans un avenir proche. Pourquoi le ferait-il ? Il continuera donc à assurer seul la gouvernance du noyau Linux dans un avenir proche. Vient ensuite la grande question : que se passerait-il si un incident venait à empêcher cette transition en douceur, qu'il s'agisse d'un accident de parachutisme ou de Bill Gates dans la bibliothèque avec un chandelier ?
« Comme je l'ai dit lors de la discussion, en l'absence d'un processus convenu, la communauté se retrouverait à jouer au Calvinball à un moment délicat », écrit Jonathan Corbet, cofondateur de LWN.net. Dan Williams a fait une proposition qui a été largement acceptée, ce qui n'est peut-être pas surprenant.
Si le pire devait arriver, les participants au dernier sommet des mainteneurs (Maintainers Summit) se réuniraient pour prendre une décision collective sur la suite des événements. Cela pourrait impliquer le choix d'un autre « dictateur bienveillant » à la manière de Linus Torvalds ou le passage à un modèle de gestion de groupe d'un certain type. C'est au responsable de la maintenance du noyau, Dave Airlie, que nous devons le nom de ce processus décisionnel collectif.
Activation du plan de continuité et choix de l’autorité transitoire
Le plan ne désigne pas d'héritier unique. Il établit plutôt un processus explicite. Dave Airlie a suggéré que le groupe soit enfermé dans une pièce et envoie un nuage de fumée blanche lorsque la décision serait prise. S'inspirant de l'énergie papale, le document a été nommé Conclave.rst. Il a été convenu que Dan Williams rédigerait l'ensemble dans un document de procédure, ce qu'il a maintenant fait : le document sur la continuité du noyau Linux.
Le plan n’est activé que si une transition ordonnée ne se produit pas spontanément. Voici ci-dessous les lignes directrices de base du mécanisme de succession, où « $ORGANIZER » désigne le dernier organisateur du sommet des mainteneurs (Maintainers Summit) et « TAB » désigne le Linux Technical Advisory Board :
- dans les 72 heures, $ORGANIZER ouvrira une discussion avec les invités du dernier sommet des mainteneurs. Une réunion entre ces invités et le TAB, en ligne ou en personne, sera organisée dès que possible de manière à maximiser le nombre de personnes pouvant y participer ;
- si aucun sommet des mainteneurs n'a eu lieu au cours des 15 derniers mois, la liste des invités à cette réunion sera déterminée par le TAB ;
- les invités à cette réunion peuvent faire appel à d'autres mainteneurs si nécessaire ;
- cette réunion, présidée par $ORGANIZER, examinera les options pour la gestion continue du dépôt de noyau de niveau supérieur, conformément à l'objectif de maximiser la santé à long terme du projet et de sa communauté ;
- dans un délai de deux semaines, un représentant de ce groupe communiquera à l'ensemble de la communauté, via la liste de diffusion "ksummit@lists.linux.dev", les prochaines étapes.
La Linux Foundation sera chargée de mettre en œuvre ce plan. Par ailleurs, si les choses tournaient mal, même sans ce plan officiel, il est probable que la communauté du noyau Linux parviendrait facilement à un accord sur la succession. Après tout, comme Linus Torvalds lui-même l'a fait remarquer par le passé : « il n'y a pas beaucoup de projets open source qui ont des mainteneurs qui sont littéralement présents depuis plus de trois décennies ».
Le responsable de la maintenance de la branche stable du noyau Linux, Greg Kroah-Hartman, a déjà assuré l'intérim par le passé. Greg Kroah-Hartman a occupé le poste de responsable de Linux lorsque Linus Torvalds s'est brièvement éloigné du développement du noyau en 2018 afin d'améliorer ses relations avec les autres développeurs et responsables de maintenance. Cependant, Greg Kroah-Hartman est plus âgé que Linus Torvalds.
Préoccupations liées à un départ sans un mécanisme de succession
En effet, après plus de 30 ans d’existence du noyau Linux, Rust a été admis comme deuxième langage aux côtés du C pour le développement du noyau Linux. L'année dernière, Linus Torvalds a clarifié sa position concernant l'intégration du code Rust dans le noyau Linux, en réponse aux objections de certains mainteneurs. Linus Torvalds a déclaré que les mainteneurs ne seront pas contraints d'interagir avec du code Rust s'ils n'en voient pas l’utilité.
Mais cela ne signifie pas qu'ils ont le droit de bloquer son intégration dans des domaines où il est jugé bénéfique. Son intervention fait suite aux préoccupations exprimées par Christoph Hellwig, un développeur influent du noyau, qui s'oppose à l'utilisation de Rust aux côtés du C. Selon Christoph Hellwig, l'introduction de Rust entraînerait une fragmentation et des directives de langage ambiguës, imposant une charge supplémentaire aux mainteneurs....
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