La direction interministérielle du numérique a organisé un séminaire historique réunissant pour la première fois ministères, opérateurs publics et acteurs privés autour d'un objectif commun : mettre fin à la dépendance numérique de la France envers les géants technologiques américains. Au cœur du dispositif, l'annonce la plus symbolique : la DINUM quitte Windows pour Linux. Mais derrière ce signal fort se cache un chantier d'une ampleur inédite, dont personne ne minimise encore la difficulté.Il y a des annonces qui ressemblent à des communiqués de plus, et d'autres qui marquent un tournant. Celle du 8 avril 2026 appartient à la seconde catégorie. À l'initiative du Premier ministre, la DINUM a réuni ministères, opérateurs publics et acteurs privés lors d'un séminaire interministériel consacré à la réduction des dépendances numériques extra-européennes. Le message central est formulé sans ambiguïté dans le communiqué officiel : la DINUM annonce sa sortie de Windows au profit de postes sous système d'exploitation Linux.
Ce n'est pas la première fois que la France affiche des ambitions souverainistes dans le numérique. Mais c'est probablement la première fois que la déclaration vient directement de l'organe chargé de piloter la stratégie numérique de l'État, et qu'elle s'accompagne d'un calendrier contraignant pour l'ensemble de l'appareil administratif. Chaque ministère, opérateurs inclus, sera tenu de formaliser son propre plan d'ici l'automne, portant sur sept axes : poste de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation et équipements réseau.
L'annonce, saluée avec enthousiasme sur les forums spécialisés où elle a recueilli en quelques heures plus de 650 points et 300 commentaires, est perçue à l'international comme un signal fort. Plusieurs voix dans la communauté technique notent qu'il ne s'agit pas d'un projet pilote ou d'une initiative locale : c'est une déclaration formelle de l'une des plus grandes administrations d'Europe.
Pour David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics :
« L’État ne peut plus se contenter de constater sa dépendance, il doit en sortir. Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques. La transition est en marche : nos ministères, nos opérateurs et nos partenaires industriels s’engagent aujourd’hui dans une démarche sans précédent pour cartographier nos dépendances et renforcer notre souveraineté numérique. La souveraineté numérique n'est pas une option. »
Le contexte géopolitique qui a tout changé
Pour comprendre pourquoi cette annonce intervient maintenant, il faut revenir à l'évolution du rapport entre l'Europe et les États-Unis depuis le début de l'année 2025. Les tensions entre l'UE et les États-Unis autour du Groenland ont révélé l'évidence : les administrations européennes sont massivement dépendantes d'outils américains que Washington pourrait menacer de couper. L'hypothèse, longtemps cantonnée aux scénarios catastrophistes, a acquis une crédibilité nouvelle avec la politique étrangère erratique de Donald Trump.
Les lois américaines permettent à Washington d'accéder à toute donnée gérée par une entreprise américaine, même hébergée à l'étranger. Et des pressions ont déjà été exercées, notamment pour restreindre l'accès à des services Outlook pour des membres de l'ONU dont les positions entraient en conflit avec la Maison-Blanche. Dans ce contexte, confier les données de santé de millions de Français, les communications interministérielles ou les marchés publics à des infrastructures contrôlées depuis Redmond ou Seattle n'est plus seulement une question de coût ou d'efficacité, c'est une question de sécurité nationale.
Le ministre David Amiel a formulé cela sans détour : nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques. La rhétorique est celle de la souveraineté, mais la motivation sous-jacente est autant stratégique qu'idéologique.
Ce qui est déjà en marche
L'annonce du 8 avril ne part pas de rien. Plusieurs basculements sont déjà engagés ou récemment finalisés, et ils dessinent la trajectoire concrète du projet.
La Caisse nationale d'Assurance maladie vient d'annoncer la migration de ses 80 000 agents vers une suite d'outils entièrement français : Tchap pour la messagerie interne, Visio pour les réunions en ligne et FranceTransfert pour l'échange sécurisé de documents. C'est l'une des plus grandes migrations de ce type jamais entreprises dans l'administration française, et elle intervient en plein déploiement de l'annonce DINUM.
Le mois dernier, le gouvernement avait également annoncé la migration de la plateforme nationale des données de santé vers une solution souveraine hébergée en Europe, avec une échéance fixée à fin 2026. Les données de santé, parmi les plus sensibles...
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