La mairie de la Croix-en-Touraine a pris une décision rare : abandonner Microsoft pour migrer vers Linux et les logiciels libresCar Linux offre de meilleures garanties de sécurité pour ses données que Windows
« Linux est beaucoup moins attaqué que Windows et demande moins de ressources. L’intérêt pour nous était de concilier tout ca pour faire pérenniser nos postes informatiques et qu’on soit mieux protégés sur nos données. C’est donc pour sécuriser les données confidentielles des 2000 habitants du village que ce choix a été fait : données bancaires, de santé, de renseignement lié à l’état civil », expliquent des responsables de ladite mairie. L’exposé des motifs qui met en avant un comparatif entre Windows et Linux cache aussi des questions de souveraineté numérique déjà évoquées dans le cadre d’initiative similaires.
La mairie fait état d’économies de 5000 euros pour éviter de reconstituer le parc informatique de la mairie en raison des incompatibilités des machines avec les exigences des systèmes d’exploitation Windows. L’Etat allemand du Schleswig-Holstein avait de même indiqué avoir économisé 15 millions d’euros en frais de licence en migrant vers Linux et les logiciels libres.
Les responsables de la mairie de la Croix-en-Touraine ont un point de vue élogieux de Linux qu’on peut nuancer avec un avis comparatif plus poussé d’un ex-ingénieur de Microsoft sur divers axes dont ceux de la convivialité, de la gestion des mises à jour, de la sécurité et de la personnalisationCette mairie abandonne #Microsoft pour #Linux : voici pourquoihttps://t.co/AQu078OW8S
— Damien VIDAL (@DamienVidal) July 1, 2026
Convivialité : à part la distribution Mint, les interfaces Linux sont plutôt moches
C'est une déclaration forte, mais c'est ce que pense David Plummer. Il estime en effet que Linux proprement dit « manque d'une interface utilisateur appropriée au-delà de la ligne de commande. Cette ligne de commande peut être extrêmement puissante, en particulier si vous êtes adepte de Bash ou Zsh, entre autres, mais vous ne pouvez pas vraiment la décrire comme particulièrement conviviale » dit-il. Il ne balaie pas d'un revers de main le fait que la plupart des distributions Linux aujourd'hui sont livrées avec une interface utilisateur de bureau pour ceux qui le préfèrent. « Mais en tant que concepteur de shell moi-même, si je peux être si audacieux, elles sont généralement assez terribles », ajoute-t-il. Avant de préciser que la distribution Mint est une exception avec une interface plutôt jolie.
« Windows, en revanche, inclut par défaut une interface shell de bureau qui, si vous mettez de côté l'esthétique de conception entièrement subjective, est conçue par des professionnels, testée au regard des normes de convivialité et prend en compte les différents niveaux d'accessibilité requis par des personnes ayant des limitations différentes. En termes de convivialité, en particulier si vous incluez l'accessibilité dans cette métrique, Windows sort en tête », a-t-il statué.
À propos des mises à jour et mises à niveau : Linux l'emporte sur Windows
À propos des mises à jour, David Plummer salue le fait que les utilisateurs de Windows sont bien servis par une équipe dédiée de Windows Update chez Microsoft. Il regrette toutefois que le processus soit parfois compliqué, contrairement à celui de Linux : « Il est très facile de mettre à jour un système Linux, et même s'il n'y a pas d'équipe professionnelle pour répondre aux exploits Zero-Day, les mises à jour sortent avec une rapidité raisonnable et, dans certains cas, vous pouvez même mettre à jour le noyau sans redémarrer », dit-il.
Bien sûr, certaines parties du noyau Linux vont nécessiter un redémarrage lors d'une mise à jour, tout comme certaines parties du système Windows. L'ex-ingénieur de Microsoft estime cependant que Windows demande beaucoup trop souvent le redémarrage du système.
Abordant le sujet des mises à niveau, il rappelle qu'elles sont généralement gratuites dans le monde open source, à moins que vous n'utilisiez une distribution prédéfinie d'un fournisseur. C'est d'ailleurs le cas chez Microsoft également : « Je ne me souviens pas de la dernière fois que Microsoft a facturé une mise à niveau de son système d'exploitation si vous n'étiez qu'un utilisateur final normal », dit-il. Néanmoins, et au regard de ce qui a été dit précédemment, il estime que Linux l'emporte sur Windows en ce qui concerne les mises à jour.
Les logiciels open source, y compris Linux, sont plus exposés aux exploits de sécurité
Il y a un courant de pensée selon lequel les logiciels open source, parce que leur code est disponible publiquement, sont moins exposés aux exploits de sécurité. Il découle de la loi de Linus, nommée en l'honneur de Linus Torvalds, et formulée par Eric S. Raymond. Celle-ci indique qu'« avec suffisamment d'yeux, tous les bugs sont superficiels » ; ou plus formellement : « avec un groupe de bêta-testeurs et de codéveloppeurs suffisamment large, presque tous les problèmes seront rapidement analysés et le correctif sera évident pour l'un d'entre eux ». Ainsi, présenter le code à une multitude de développeurs avec l'objectif d'avoir un consensus sur son acceptation est une forme simple de la revue de logiciel. La loi de Linus fait généralement partie de la philosophie de base des adeptes du mouvement open source et du logiciel libre.
Plummer ne partage pas cette philosophie. Il estime en effet que les logiciels open source sont plus ouverts aux exploits de sécurité, simplement parce que, toutes choses égales par ailleurs, il est facile de trouver des failles à exploiter dans les logiciels open source. « Je pense que c'est un peu une erreur de s'appuyer sur [la loi de Linus] », conclut-il. Il pense cependant que Linux est plus sûr. Il estime en effet que Windows est tellement populaire qu'il est une cible beaucoup plus attrayante pour les acteurs malveillants. Et en plus, la plupart des utilisateurs de Windows conservent tous les privilèges d'administrateur.
Windows vs Linux : personnalisation, documentation et communauté
David Plummer a également comparé Windows et Linux suivant d'autres critères tels que la personnalisation, la documentation et la communauté. En ce qui concerne la personnalisation, comme on peut le deviner, il est d'avis que Linux est plus personnalisable, étant donné que l'OS est open source. Il est plus facile d'ajouter de nouvelles fonctionnalités. Il suffit d'en proposer. Si Linus Torvalds et les responsables du projet estiment que la fonctionnalité proposée est nécessaire, elle sera intégrée. Sinon, il est toujours possible de créer un fork et insérer la fonctionnalité si elle est rejetée. C'est d'ailleurs ce qui passe dans la communauté. Rappelons par exemple que Debian a été forké à cause de sytemd permettant ainsi à Devuan de voir le jour. Avec Windows, l'ajout ou la suppression de fonctionnalités est plus difficile.
Pour en venir à la documentation, l'ex-ingénieur de Microsoft estime que souvent, il n'y a pas de meilleure documentation que le code source, et Linux est disponible au public. Ce qui est un avantage. Toutefois, avec MSDN, Microsoft offre une documentation de très bonne qualité. La firme de Redmond met les moyens pour payer des développeurs professionnels et auteurs afin de créer un tel contenu. Sur ce point, Windows l'emporte donc sur Linux.
Enfin, la communauté. Ici encore, David Plummer estime que Microsoft fait la différence, sur la base de l'analyse de forums IT populaires. Laquelle analyse lui a permis de découvrir que la communauté de Microsoft est plus large et plus réactive : plus de vues, des réponses plus nombreuses et plus rapides sur les questions relatives à Windows que sur celles relatives à Linux.
La décision de la DINUM de passer de Windows à Linux est une illustration de ce que c’est de souveraineté nationale dont il est question au-delà des comparatifs entre Windows et Linux
Il y a des annonces qui ressemblent à des communiqués de plus, et d'autres qui marquent un tournant. Celle du 8 avril 2026 appartient à la seconde catégorie. À l'initiative du Premier ministre, la DINUM a réuni ministères, opérateurs publics et acteurs privés lors d'un séminaire interministériel consacré à la réduction des dépendances numériques extra-européennes. Le message central est formulé sans ambiguïté dans le communiqué officiel : la DINUM annonce sa sortie de Windows au profit de postes sous système d'exploitation Linux.
Ce n'est pas la première fois que la France affiche des ambitions souverainistes dans le numérique. Mais c'est probablement la première fois que la déclaration vient directement de l'organe chargé de piloter la stratégie numérique de l'État, et qu'elle s'accompagne d'un calendrier contraignant pour l'ensemble de l'appareil administratif. Chaque ministère, opérateurs inclus, sera tenu de formaliser son propre plan d'ici l'automne, portant sur sept axes : poste de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation et équipements réseau.
L'annonce, saluée avec enthousiasme sur les forums spécialisés où elle a recueilli en quelques heures plus de 650 points et 300 commentaires, est perçue à l'international comme un signal fort. Plusieurs voix dans la communauté technique notent qu'il ne s'agit pas d'un projet pilote ou d'une initiative locale : c'est une déclaration formelle de l'une des plus grandes administrations d'Europe.
Pour David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics :
« L’État ne peut plus se contenter de constater sa dépendance, il doit en sortir. Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques. La transition est en marche : nos ministères, nos opérateurs et nos partenaires industriels s’engagent aujourd’hui dans une démarche sans précédent pour cartographier nos dépendances et renforcer notre souveraineté numérique. La souveraineté numérique n'est pas une option. »
Il ne faudrait cependant pas oublier que la Russie a annoncé son intention de créer une communauté de développement Linux indépendante suite à la mise à l'écart des contributeurs russes au développement du noyau Linux en raison de sanctions américainesLe 8 avril, L'ÉTAT a OFFICIELLEMENT ACTÉE UNE SORTIE PROGRESSIVE de WINDOWS AU PROFIT DE LINUX, sous l'impulsion de la Direction interministérielle du numérique (Dinum): "Nous devons nous désensibiliser des outils américains et REPRENDRE le CONTRÔLE DE NOTRE DESTIN NUMÉRIQUE" pic.twitter.com/a7yQQDHAlq
— Henri de Grossouvre (@HGrossouvre) April 22, 2026
Le ministère russe du développement numérique a annoncé son intention de créer une communauté de développement Linux indépendante à la suite du retrait des contributeurs russes du développement du noyau Linux.
La proposition du ministère, qui vise à encourager la collaboration avec les pays disposés à travailler avec la Russie, fait suite à la décision controversée des responsables de Linux de retirer plusieurs développeurs russes de la liste. Cette décision, motivée par des exigences de conformité dans un contexte de sanctions accrues, a suscité des inquiétudes quant à la pérennité des contributions technologiques de la Russie à Linux et à l'impact plus large sur les communautés de logiciels libres.
Le représentant du ministère a qualifié le retrait des contributeurs russes de discriminatoire, soulignant que les développeurs russes jouent un rôle essentiel dans les projets basés sur Linux utilisés au niveau national et international. La réponse du ministère consiste à encourager les alliances avec des nations susceptibles de soutenir les projets russes de logiciels libres. Cette initiative alternative pourrait déboucher sur une fork de Linux - une version distincte de Linux, dirigée par la Russie, qui s'adapterait aux exigences technologiques de la Russie tout en visant l'autonomie par rapport à la gouvernance internationale en matière de logiciels libres.
L'annonce ne précise pas quels pays pourraient participer à l'écosystème proposé. La Chine a néanmoins été mentionnée comme un allié potentiel.
Et vous ?
Partagez-vous le positionnement des responsables de la mairie en matière de comparaison entre Windows et Linux ? Partagez-vous celle de David Plummer ?
Que pensez-vous de Linux comme base de travail pour les initiatives d’affranchissement aux solutions technologiques américaines ? Que vous suggère le fait que la Russie envisage de créer sa communauté Linux indépendante ?Voir aussi :
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