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Malgré les réticences, Linus Torvalds publie son premier correctif pour le noyau Linux coécrit avec l'IA Claude Code. Des tests synthétiques révèlent des performances multipliées par 23

Le , par Mathis Lucas

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Linus Torvalds a publié son tout premier correctif pour le noyau Linux écrit à l'aide de l'IA. Ce code résout un problème persistant de contention du cache. Bien qu'un test synthétique ait affiché une amélioration spectaculaire des performances, l'impact réel sera probablement beaucoup plus modeste et bénéficiera principalement aux serveurs. Cette démarche s'inscrit dans le cadre des directives de Linus Torvalds encourageant l'utilisation des outils d'IA de codage comme de simples instruments de travail. Parallèlement, l'équipe a assoupli ses règles en supprimant l'obligation de déclarer formellement l'utilisation d'IA lors de la soumission de code.

Linus Torvalds vient d'annoncer au monde entier qu’il avait utilisé l’IA pour écrire du code pour le noyau Linux. Le premier d'une longue série. Dans son message, le créateur du noyau Linux a écrit : « le code, les programmes de test, l'analyse à l'origine de la liste ci-dessus et la première ébauche de ce texte ont été réalisés à l'aide d'un assistant de programmation basé sur un grand modèle de langage (LLM) (Claude Code), sous ma direction ».

Son nouveau code se compose d'une série de huit correctifs. Il est publié sur la branche « noref-filemap-read-with-llm » du dépôt de Linus Torvalds. Ces nouveaux correctifs visent à éliminer un goulot d'étranglement qui survient lorsque plusieurs threads effectuent de petites lectures à partir du même fichier.

Au cours des dernières années, l’attitude de Linus Torvalds concernant l'IA a évolué positivement : d’abord sceptique, il considère désormais l’IA comme « un outil utile pour les programmeurs et les responsables de maintenance ». Récemment, Linus Torvalds s'est opposé à un développeur qui souhaitait que les contributeurs au noyau continuent à signaler lorsqu'ils utilisent des outils d'IA de codage sur la liste de diffusion du noyau Linux.

La règle en question concerne la balise « Assisted-by ». Toute personne utilisant « tout type d'outil de codage » est tenue d'ajouter cette balise à son message de commit, mais les responsables souhaitent la supprimer. « Ce que j'attends, c'est que les gens fassent de leur mieux et que je m'attends à ce qu'ils comprennent ce qu'ils font. Mais cette compréhension n'a que très peu à voir avec les outils qu'ils utilisent », a déclaré Torvalds en réponse.

Le tout premier correctif de Linus Torvalds coécrit avec l'IA

Le correctif résout un problème de contention dans le cache de pages de Linux, qui stocke les données des fichiers en mémoire. Il s'agit d'une situation courante dans les bases de données, les serveurs Web, les bibliothèques partagées, etc. Lorsque plusieurs threads lisent de manière répétée de petites quantités de données issues du même fichier mis en cache, ils acquièrent puis libèrent des références au folio sous-jacent à ces données.


Ces mises à jour du compteur de références nécessitent des écritures atomiques sur une ligne de cache partagée. Cela oblige alors les cœurs du processeur à se disputer l’accès à cette ligne. À priori, le problème semble mineur, mais dans certaines charges de travail, cela peut vraiment ralentir le système.

Linus Torvalds a mesuré l'impact dans le cadre d'un test. Il a constaté que lorsque huit threads émettaient des appels pread() de 16 octets sur la même page sur un ordinateur portable équipé d’un processeur Intel Core i7-8565U à quatre cœurs et huit threads, la ligne de cache partagée représentait 99,92 % de la charge intercœurs mesurée, selon les indicateurs « Hit in Modified cache line » (HITMs). Cela ralentit considérablement le travail.

Il ne s’agit pas simplement d’une lubie personnelle de Linus Torvalds. C’est un problème connu depuis 2024. Les tentatives précédentes pour y remédier se sont toutefois soldées par un échec. Cette fois-ci, le créateur du noyau Linux s'est fait assister par le modèle d'IA avancé Claude Code d'Anthropic. Les correctifs proposés par Linus Torvalds et Claude Code modifient le moment où le noyau peut réutiliser la mémoire retirée du cache de pages.

Plutôt que de restituer immédiatement cette mémoire à l’allocateur, ces correctifs reportent sa réutilisation jusqu’à l’expiration d’un délai de grâce « read-copy-update » (RCU). Cela permet à un lecteur protégé par une section RCU côté lecture de copier des données directement dans un tampon utilisateur sans prendre de référence de folio. Linus Torvalds a toutefois précisé que l'impact de ces améliorations dans le monde réel sera bien plus modéré.

Ces correctifs améliorent les performances du noyau Linux

Avec ces correctifs, les gains de performances constatés sont considérables dans le cadre de ce test spécifique. Le débit à huit threads est passé d’environ 9,9 à 10,4 millions de lectures par seconde à 30 à 33 millions, tandis que le nombre de cycles du noyau par lecture a chuté d’environ 2 950 à 725. Les lectures à un seul thread ont connu une amélioration plus modeste, passant d’environ 452 à 454 cycles à 408 à 409 cycles par lecture.

Linus Torvalds a déclaré dans son message : « une machine dotée de plus de processeurs, ou de plus d’un socket, devrait enregistrer des gains plus importants ; rien de plus important n’a été mesuré ». Cela ne signifie pas que Linux s’exécute trois fois plus vite. Il s’agit plutôt des résultats expérimentaux obtenus à partir d’une charge de travail particulière impliquant de petites lectures sur l’ordinateur portable personnel de Linus Torvalds.

Cela ne signifie pas non plus que Linus Torvalds et Claude Code aient résolu ce problème. Les gains de performances s’accompagnent de compromis techniques. Retarder la réutilisation de la mémoire signifie que des pages peuvent rester indisponibles pendant que le noyau attend la fin d’un délai de grâce RCU. Dans sa soumission Git, Torvalds a décrit ce problème de récupération comme « la partie de cette série qui est la moins résolue ».

Dans le cadre de ces tests, Linus Torvalds a également observé une régression lorsqu’une lecture cible une page utilisateur qui n’est pas encore mappée. Le nouveau chemin entraîne une exception supplémentaire avant de revenir à l’implémentation existante. Au 13 octobre, la branche restait en dehors de la branche principale de Linux 7.3-rc6. La question de savoir si elle sera un jour fusionnée, et selon quel calendrier, reste en suspens.

Une vision pragmatique de l'utilisation de l'IA dans le noyau

Cette démarche s'inscrit dans la posture globale de Linus Torvalds en faveur de l'utilisation des modèles de langage dans le développement du noyau, les considérant comme de simples outils de travail comparables aux compilateurs ou aux éditeurs de texte. Il critique les opposants systématiques à l’IA, constatant notamment que les outils automatisés de revue de code repèrent mieux que les humains les erreurs de programmation élémentaires.


En décembre 2023, il décrivait l’IA comme une aide potentielle pour les développeurs, déclarant : « je considère l’IA comme un outil qui peut nous aider à mieux faire ce que nous faisons. » À l’époque, son intérêt pour l’IA portait sur la manière dont elle pouvait aider à identifier les bogues, plutôt que sur l’écriture de code. Personne n’envisageait sérieusement d’utiliser l’IA pour écrire des programmes complexes, comme c'est le cas aujourd'hui.

Fin 2025, il se décrivait comme « un fervent partisan de l’IA en tant qu’outil » et affirmait s’intéresser davantage non seulement à la recherche de bogues, mais aussi à la maintenance du code et à la révision des correctifs. L'écriture de nouveau code pour Linux était encore largement hors de question. Mais en janvier 2026, il a commencé à s’essayer au codage assisté par l’IA pour un visualiseur audio en Python dans le cadre d’un projet personnel.

Il a déclaré : « avant, je pensais simplement que ce n’était pas très bon, mais aujourd’hui, j’en suis arrivé au point où j’apprécie vraiment d’utiliser l’IA. Je pense que l’IA est un outil formidable si on l’utilise correctement et qu’on la considère comme un outil, et je trouve qu’elle rend la programmation beaucoup plus agréable ». Il a toutefois ajouté qu'il faut être très prudent lorsqu'on utilise l'IA pour réaliser quelque chose de concret et d’important.

Son nouveau correctif coécrit avec constitue néanmoins un tournant. Linus Torvalds, sans doute le développeur et responsable de maintenance le plus éminent au monde, utilise désormais l’IA pour développer du nouveau code du noyau Linux. Cela aurait été impensable il y a encore un an, et même aujourd’hui, certaines personnes ont encore du mal à imaginer que l’IA puisse ajouter du nouveau code à Linux ou à tout autre programme important.

Les conséquences sur la gestion de la sécurité

L'essor de l'IA pose néanmoins des défis opérationnels importants pour les mainteneurs du projet. La capacité des agents IA à identifier rapidement les failles de sécurité a submergé la liste de diffusion dédiée aux vulnérabilités du noyau, la rendant presque ingérable. Cette surcharge de rapports automatisés a contraint l'équipe à abandonner le support de certains pilotes de matériels anciens, très ciblés par les systèmes d'analyse automatique.

Le noyau Linux approche le chiffre record de 2 000 vulnérabilités corrigées par version. Chez Microsoft, Claude Mythos identifie des failles de sécurité à une cadence telle que les ingénieurs de Microsoft sont incapables de les corriger assez rapidement. La dette technique du code hérité suscite des inquiétudes.

Source : Linux Torvalds

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